Mario Bergeron multicolore

Quotidien, souvenirs, coups de coeur, etc.

#Écrire
posté le 02-02-2018 à 06:53:16

Échanger

Une de mes premières activités découvertes sur Internet a été la correspondance par courriel. Un loisir que j’avais beaucoup aimé par la poste au cours des années 1970 et qui prenait ainsi cette nouvelle forme. Il est passé beaucoup de correspondantes dans mon ordinateur, dont certaines n’ont duré que quelques messages, d’autres susceptibles, étranges. La nature humaine avec le voile informatique, permet de se débarrasser des gens sans trop de remords. J’en ai mis à la corbeille et j’ai subi le même sort. J’ai rencontré quelques correspondantes, ce qui s’est avéré une erreur. Le constatant, j’ai peu à peu évité d’échanger avec des femmes du Québec. Une des premières correspondantes que j’ai eue a été Patricia, habitant à Ermont, une municipalité satellite de Paris. J’entretiendrai un échange inégal avec Patricia pendant dix années. C’était une personne très « Je m’en foutisme » avec sa part de mystère et de délicieuse marginalité. Je crois que nous avions réciproquement beaucoup d’amitié à partager. Chose étonnante : elle m’a téléphoné à deux reprises. Une seconde correspondante fidèle a été Lyne, de Ville-Marie, au Témiscamingue, et que j’avais aidée dans la réalisation d’un rêve : voir un de ses romans publié. Et cette femme du Saguenay avec qui j’ai échangé près de 250 messages et qui est décédée… Il y en a eu tant et chacune, à leur façon, m’a beaucoup apporté. Je crois que j’ai eu plus de relations humaines avec ces personnes invisibles qu’avec des gens rencontrés à Trois-Rivières. C’était facile de trouver de nouvelles personnes, mais de plus en plus difficile de les conserver, jusqu’à un déclin de cette activité. Peut-être que les gens ont progressivement préféré le bla bla futile et immédiat de Facebook à une relation qui se développe avec le temps. L’an dernier, j’ai échangé avec une femme et puis, elle m’a vue au salon du livre de Trois-Rivières et ne m’a plus jamais écrit par la suite. Hmmm…
 


 
 
posté le 29-05-2017 à 01:28:37

Devenir le roman

Mes personnages, ce sont mes enfants. Je les aime, les connais et pense tout le temps à eux. Ce que j'écris devient partie de ma personne pendant la durée de création du roman.

Je me souviens qu'en écrivant le roman qui deviendra Perles et chapelet, avec deux personnages moqueurs et turbulents, j'avais tendance à être moi-même turbulent et moqueur, ce qu'une compagne de l'université m'avait reproché de vive voix, croyant qu'elle ne méritait pas mes sarcasmes.

 


 
 
posté le 18-10-2016 à 16:15:17

Écrire au parc

Il n'existe qu'une photo de moi en train d'écrire. J'étais alors adolescent. Voici une seconde, tant et tant d'années plus tard. Elle a été prise par une femme qui se balade avec ses deux petits chiens et qui arrête toujours pour me demander des nouvelles. Je suis assis sur un banc du parc du Moulin, mon sac à dos à gauche, mon verre de café à ma portée, la tablette sur mes genoux, le stylo entre les doigts. Comme fond de décor : les maisons de la rue qui borde le parc.

Je me rends écrire à ce parc depuis 2009, d'avril à novembre, parfois en décembre. Selon la température, j'y vais deux fois par jour. Le café est acheté au dépanneur, tout près. Mine de rien, ma présence intrigue beaucoup de gens. Plusieurs se demandent ce que je fais là et osent, avec hésitation, me le demander, y allant de quelques théories : j'étudie, je lis, je dessine. Personne ne dit : tu écris un roman. Il y a quelque temps, une femme s'est arrêtée pour en avoir le coeur net, avouant, en premier lieu, que cela faisait quelques années qu'elle me voyait sur ce banc, la tête penchée, le stylo à la main. Alors, je lui ai expliqué et elle a enchaîné avec plusieurs questions sur mes romans, l'inspiration et toutes ces sortes de choses.

 


 
 
posté le 17-04-2016 à 23:44:22

Le petit bureau

J'aime beaucoup cette photo.  Je devais avoir 16 ou 17 ans et j'écrivais un roman (Et je sais lequel). La présence du casque d'écoute servait à ne pas entendre le gnagnagna incessant de la télé de mes parents, dans la pièce voisine. J'adore cette photo car elle est comme le résumé de ma vie.

J'attire votre attention vers le petit bureau qu'on voit à peine, avec ses tiroirs jaunes et son dessus noir. Je possède toujours ce meuble, chez moi. Au cours de ma vie, il m'a servi à une chose : vivre des romans. La machine à écrire n'est plus là, mais mon premier ordinateur, en 1993, y était installé. Ce n'est plus le cas de nos jours, mais, au cours de l'hiver ou par température pluvieuse, je m'y installe pour créer.

 


 
 
posté le 30-12-2015 à 11:58:18

Correspondance

C'était une activité de jeunesse. Il n'y avait qu'à consulter une revue française pour trouver une petite annonce d'une personne désirant échanger avec une autre. Comme ma grande soeur le faisait avec plaisir au cours des années 1960, j'ai pris la relève avec la décennie suivante, cela jusqu'au début des 1980. Essentiellement des filles. Je ne me souviens pas avoir écrit à un homme. Elles étaient surtout françaises, mais aussi d'Algérie, du Viet-Nam. C'était agréable d'ouvrir la boîte aux lettres, de trouver une enveloppe, de s'empresser de lire. J'ai gardé un certain nombre de ces enveloppes, comme celle que vous voyez ci-haut.

 


 
 
posté le 10-11-2015 à 01:08:49

Nouveau roman

Je me souviens avoir fait une telle chose, mais une seule fois dans ma vie : commencer un nouveau roman alors que le précédent n'est pas terminé. Cependant, il achève! Je dois dire qu'il ne n'enthousiasme guère... L'idée de débuter une nouvelle aventure est motivée par la température. Il commence à faire froid pour fréquenter le parc. Autour de dix degrés, parfois moins, et mon stylo devient plus difficile à tenir. Dans une semaine, peut-être, il y aura beaucoup de pluis ou de la neige et je ne pourrai plus me rendre "à mon bureau d'écrivain du parc du Moulin" et j'ai pensé que le lieu était excellent pour commercer un roman. Alors, je vais valser sur deux fronts pendant une douzaine de jours.

 


 
 
posté le 02-11-2015 à 17:49:13

Écrire Horizons

J'ai créé mon premier roman à l'âge de 16 ans. Il portait d'ailleurs le titre Le récit de nos seize ans. Il s'agissait des aventures d'un jeune couple, Bucky et Jenny, en 1956, dans la ville industrielle de Manchester, au New Hampshire, où je venais de séjourner. Au-delà du mot Fin écrit à la dernière page, j'allais créer un monstre qui, petit à petit, fera de moi un écrivain. Comme je trouvais les personnages sympathiques, j'ai poursuivi de façon informelle et improvisée, sous le titre de Jenny de Manchester. J'allais le faire jusqu'au milieu des années 1990, alors que le roman adopte un troisième titre : Horizons. Grâce à ces improvisations, j'ai appris quelques trucs dont je me servirai pour mes romans publiés. De plus, volontairement ou pas, certains personnages des romans commercialisés sont des variations de ceux croisés dans Récit/Jenny/Horizons.

 


 
 
posté le 08-02-2015 à 14:32:56

Communiquer ?

Je me suis branché Internet en 1997 et j'ai tout de suite cherché à échanger avec des femmes européennes, en souvenir de mes correspondantes postales de ma jeunesse. Je n'ai cessé depuis. Il y en a eu de toutes sortes : des personnes qui n'écrivaient pas longtemps, mais, par contre, d'autres qui ont été fidèles et attachantes, dont une femme de la banlieue parisienne, avec qui j'ai échangé pendant huit années et avec qui j'étais devenu intime. Il y a eu toutes sortes d'émotion, entre autres pour une amie qui est décédée en cours de route. La plus gentille de ces femmes était aussi de Paris. Je lui ai écrit pendant trois années, presque chaque jour, mais en juin 2014, pour des raisons personnelles, elle a décidé de cesser, ce qui m'a fait de la peine.

 


 
 
posté le 31-12-2014 à 01:37:28

Secrets de romancier

Le public des salons du livre posait des questions qui étaient des clichés. Loin de moi l'idée de condamner les gens ; leurs questions étaient le résultat d'interventions d'auteurs, entendues à la télé ou à la radio, lues dans les revues et journaux. À force d'entendre les mêmes choses, je répondais toujours les mêmes trucs, afin d'attirer l'attention vers moi-même et mes romans. Où trouvez-vous votreinspiration ? Je n'en ai pas, madame : j'ai des idées. Vivez-vous devotre plume ? Très bien monsieur ! Deux mois par année (Celle-là, tout le monde la trouvait drôle.) Combien d'heures écrivez-vous parjour ? Dix à vingt minutes. (La vérité et les gens ne semblaient pas me croire.) Avez-vous déjà vécu l'angoisse de la page blanche ? Non madame, car j'écris sur du papier jaune. 

 


 
 
posté le 27-12-2014 à 00:44:19

Facile, écrire un roman ?

"Moi aussi, j'écris des romans". Cette phrase, je l'ai entendue des centaines de fois lors de mes participations aux salons du livre du Québec. Toujours la phrase était dite sur un petit ton assuré, à la limite du hautain. Le dire à un romancier pro laissait sous-entendre que ce que je faisais était à la portée de tout le monde. Il y a environ six semaines, une femme que je connais comme une boulimique de lecture m'a fait le coup : "J'ai commencé à écrire un roman." Lire un roman, c'est une chose ; en écrire un n'a rien à voir avec la lecture. J'ai revu la femme il y a quelques jours, se précipitant vers moi, pour me dire que "Ce n'est pas facile." Elle cherchait des conseils, je crois bien, mais je lui ai fait remarquer que si je lui disais quelque chose, un autre auteur pourrait affirmer le contraire. Bon prince, je lui ai donné deux trois petits trucs : ne pas écrire un roman à l'aveuglette et préparer un plan ; arrêter d'écrire au moment où une idée surgit ; faire preuve de grande discipline. Il semble que ces trois conseils n'étaient pas ce qu'elle désirait entendre. Tout ça m'a fait un peu sourire. Jusqu'à la prochaine occasion où un pur inconnu m'abordera pour me dire, avec assurance : "Moi aussi, j'écris des romans."

 


 
 
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