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Titre du blog : Mario Bergeron multicolore
Auteur : Mario3
Date de création : 21-12-2014
 
posté le 16-10-2017 à 22:13:05

Lecture : Les délices de nos coeurs

 

 

Un livre consacré aux pensionnaires amérindiennes du couvent des Ursulines, de Québec, de 1639 à 1672. Cent pages. La tentation du procès ne peut être retenue.

Ceci est un mémoire de maîtrise, avec la méthode universitaire de rédaction. Grand bien pour les universitaires, mais tant pis pour le public qui voit le résultat en forme de livre.

Cinquante des cent pages sont consacrées à l'état de la question et aux sources utilisées par l'auteure. Pas question une seule fois des amérindiennes. Il reste au public cinquante autres pages, dont un grand nombre pour des résumés, des mises en place et une conclusion. Admettons qu'il reste vingt-cinq pages pour le sujet promis par le livre.  Excellent pour un article de revue, mais pas pour un bouquin.

Autre critique : les citations. Super pour les universitaires de transposer fidèlement les propos de Marie de L'Incarnation, mais pour le public, c'est pénible de lire de l'ancien français. J'ai toujours pensé qu'il faut traduire.

Enfin, malgré les archives des Ursulines et une source imposante de lettres de la religieuse, il est peu question des Amérindiennes dans ces écrits. Bref, l'auteure n'avait pas assez de sources pour présenter un texte d'une honnête richesse historique.

 

 

Tout de même, je résume. L'objectif des Ursulines était le même que celui des pères jésuites vivant en territoire amérindien : convertir ces gens à la religion catholique pour en faire des citoyens français. Cela impliquait un processus de mise en confiance : les religieuses enseignaient dans les langues de ces peuples. Marie de l'Incarnation a donc établi des dictionnaires de ces langues, ce qui n'était pas une mince affaire. Si les Ursulines imposaient un uniforme à ces fillettes et les mêmes règlements internes qu'à leurs élèves françaises, elles ne les empêchaient pas de danser lors des récréations et de chanter les louanges du Seigneur dans leur propre langue.

Les jeunes amérindiennes confiées aux soeurs par leurs parents l'étaient dans un but de protection. N'oublions pas que la plupart de ces peuples ont été en guerre avec les Iroquois pendant presque tout le 17e siècle. Les enfants entraient donc au couvent non pas pour devenir catholiques et apprendre le français, mais pour être à l'abri des ennemis. D'ailleurs, le plupart ne demeuraient pas longtemps : une saison, une année et c'était tout.

L'entreprise a donc été un échec, comme dans le cas des jésuites. Marie de l'Incarnation cite une certaine Thérèse, Huronne, ainsi qu'Agnès Chabdikuchich, dont elle dit : Elle a fait de très grands progrès auprès de nous, tant dans la connaissance des mystères que dans les bonnes moeurs, dans la science des ouvrages, à lire, à jouer de la viole et en mille autres petites adresses. Elle n'a que douze ans et elle fit sa première communion à Pâques.

 

Plus loin, la religieuse fait part de la raison des échecs : Elles ne peuvent durer en cloître, leur naturel est fort mélancolique, et la coutume d'aller où elles veulent étant retenue comme cette mélancolie. Bref, c'est agréable au début, mais avec le temps, la culture amérindienne reprend le dessus dans les jeunes coeurs. Marie de l'Incarnation ajoute : Elles sont tristes et les parents les retirent (du couvent) de crainte qu'elles ne meurent. (...) D'ailleurs, les Sauvages aiment extraordinairement leurs enfants, et quand ils savent qu'ils sont tristes, ils passent par dessus toute considération pour les revoir et il faut les leur redonner.

 

Malgré certaines limites, et les cinquante premières pages, ce petit livre est intéressant. La plupart des renseignements ont été croisés ailleurs, mais pas dans le cas des filles.

 

Commentaires

MarioMusique le 19-10-2017 à 00:36:41
Les religieux catholiques écrivaient tout, vraiment tout, et on leur doit beaucoup de découvertes.
jakin le 18-10-2017 à 17:22:08
Le couvent des ursulines, il y en a un à Lyon qui cachait les secrets de l'Hermétisme, curieux ?
MarioB le 17-10-2017 à 20:12:07
Dans un travail universitaire, oui !

Dans un livre destiné au grand public : non !
Florentin le 17-10-2017 à 19:54:45
Le défaut de l'écriture universitaire est corrigé par le fait qu'il énonce des faits qui ont l'exactitude de la preuve. C'est peut-être ennuyeux à lire (pas toujours), mais on a la certitude (quelque part confortable) de la chose vérifiée.